Gestion du patrimoine de personnes sous curatelle : Avantages en cas d’adoption d’un mandat pour cause d’inaptitude


Vos contacts

Résumé

L’Ordonnance sur la gestion du patrimoine en cas de curatelle ou de tutelle (OGPCT) est entrée en vigueur le 1er janvier 2024, avec pour objectifs principaux d’uniformiser les pratiques cantonales, renforcer la sécurité juridique, et cadrer le travail des mandataires et des Autorités de Protection de l’Enfant et de l’Adulte (APEA).

 

Le cadre proposé par l’OGPCT est restrictif, aussi pour les cas de gestion de patrimoine d’importance, est-il fortement recommandé aux personnes concernées de mettre en place un mandat pour cause d’inaptitude, afin de pouvoir poursuivre leur gestion de fortune de façon optimale et assurer les rendements voulus. En effet, à défaut, gérants de fortune et banquiers devront impérativement revoir leur proposition d’investissement à l’aune des règles conservatrices dictées par l’OGPCT et, pour les patrimoines dépassant CHF 3 millions, ne seront en mesure de gérer (toujours dans certaines limites) que 50% du patrimoine du protégé selon les outils de gestion de fortune professionnelle traditionnelle.

  1. Contexte :

Ce n’est un secret pour personne, la Suisse vieillit rapidement. D’ici 2040, la proportion de personnes de plus de 65 ans atteindra des niveaux inédits, et avec elle, naturellement, le nombre de situations d’incapacité de discernement.

Concrètement, en 2024, le nombre total d’adultes sous mesure de protection dans le canton de Genève, toutes curatelles confondues, était de 7’053 adultes. Le ratio correspondant est d’environ 16 adultes protégés pour 1’000 adultes résidents. Cette évolution démographique a des conséquences directes sur la gestion du patrimoine des personnes vulnérables.

Pour celles et ceux qui n’ont pas instauré à temps un mandat clair et conforme au cadre légal, les mesures de protection légales sinon mises en place par les autorités compétentes – le plus souvent une mesure de curatelle – imposent des règles strictes et restrictives pour la gestion du patrimoine du protégé. Les possibilités de placement sont limitées, la marge de manœuvre des proches ou des conseillers financiers se réduit drastiquement, et le patrimoine peut être géré de manière nettement moins adaptée aux besoins individuels.

Dans ce contexte, comprendre les exigences de la nouvelle ordonnance sur la gestion du patrimoine dans le cadre d’une curatelle ou d’une tutelle (OGPCT) et anticiper en mettant en place un mandat bien structuré devient essentiel. Un mandat conforme permet d’éviter les contraintes imposées en cas de curatelle et assure une gestion du patrimoine plus souple, plus personnalisée et davantage alignée avec les intérêts du mandant.

II.  Contenu de l’Ordonnance :

L’OGPCT de 2024 remplace l’ancienne ordonnance de 2012, jugée trop vague et peu opérante. Son objectif est clair : harmoniser les pratiques cantonales, renforcer la sécurité juridique et offrir un cadre plus rigoureux aux mandataires et aux APEA.

Selon le Rapport explicatif du Département fédéral de justice et police, l’OGPCT concerne les curatelles impliquant une gestion patrimoniale (art. 394,395 et 398 CC), les tutelles (art. 327a CC) et les actes de gestion directe réalisés par l’APEA (art. 392 CC).

L’Ordonnance ne s’applique pas aux curatelles d’accompagnement ou de coopération (art. 393 et 396 CC), ni aux mandats pour cause d’inaptitude

A défaut d’avoir mis en place un tel mandat, le patrimoine devra obligatoirement être géré en respectant les règles suivantes :

1. Trois principes cardinaux

Les placements doivent respecter trois exigences majeures :

  1. sécurité des placements ;
  2. rentabilité raisonnable ; et
  3. diversification des risques ;

À ces principes s’ajoute une règle de proportionnalité des frais, afin que les coûts restent adaptés à la fortune et aux revenus de la personne concernée. Selon la Directive d’application du canton de Genève, chaque décision de placement doit tenir compte de l’âge, de la santé, du budget, des charges et des volontés de la personne concernée.

2. Trois catégories de placements

L’OGPCT distingue trois niveaux d’investissement, chacun assorti de conditions strictes (et parfois encore précisée par des directives cantonales).

a.  Les placements pour besoins courants (art. 6 OGPCT)

Ils doivent être sûrs, liquides, et relèvent d’une liste exhaustive : dépôts bancaires, obligations de caisse, dépôts à terme, obligations publiques, certains ETF et fonds indiciels, avoirs de prévoyance, parts de coopératives de logement, immeubles à usage personnel ou encore créances garanties par gage de valeur stable.

Le montant à investir se calcule par la formule suivante :  déficit budgétaire annuel × l’espérance de vie estimée, avec un minimum de 2 ans et un maximum recommandé de 6 ans. Ce calcul fait l’objet d’un contrôle lors de la vérification annuelle des comptes.

b.  Les placements pour dépenses exceptionnelles (art. 7 OGPCT)

Réservés aux dépenses allant au-delà du quotidien, ils doivent être effectués auprès d’émetteurs très solvables. Sont notamment admis : obligations en CHF, actions suisses, fonds ouverts, assurances vie non liées à des fonds, produits structurés à capital garanti, immeubles de rendement, placements fiduciaires en CHF ou fonds investis dans l’or ou l’argent.

Des plafonds sont imposés :

  • 25% de la fortune totale pour les actions,
  • 50% pour les titres étrangers,
  • 10% pour les fonds immobiliers et les métaux précieux.

c.  Les placements pour fortunes supérieures à 3 millions (art. 7 al. 3 OGPCT)

Pour les patrimoines importants, l’APEA peut autoriser une diversification élargie, pour autant que la sécurité et la gestion du risque restent garanties. Sont alors possibles : obligations notées BBB-, actions de pays émergents, hedge funds, private equity, cryptomonnaies ou placements en devises étrangères, dans la limite de 50% de la fortune financière.

  • Un régime d’autorisations renforcé

L’article 9 OGPCT précise les actes nécessitant une autorisation préalable de l’APEA : structure des placements, investissements particuliers, restrictions de disposition, accès aux coffres-forts. La distinction est essentielle entre l’autorisation (au sens de l’OGPCT), qui engage la responsabilité du mandataire en cas de défaut) et le consentement (prévu par les art. 416 à 417 CC), dont l’absence peut affecter la validité de l’acte.

  • Gestion déléguée : un cadre strict

Lorsqu’un mandat de gestion est confié à un tiers (art. 10 OGPCT), seules les catégories de placements de l’article 7 peuvent être déléguées et uniquement sur autorisation. Le contrat doit définir précisément les classes d’actifs autorisées, les marges d’investissement et exclure des pratiques comme l’effet de levier ou le prêt de titres.

III.  Le mandat pour cause d’inaptitude (art. 360s Code Civil suisse)

Un mandat pour cause d’inaptitude permet de régler de manière privée une incapacité de discernement future, en nommant une personne de son choix, physique ou morale, pour lui confier tous les aspect relatifs à l’assistance personnelle et les relations financières et juridiques du mandant.

  • Ce document ne prend effet qu’à partir du moment où la personne n’est plus capable de discernement, par exemple en raison d’une grave maladie.
  • Le mandat pour cause d’inaptitude offre la garantie légale qu’une autre personne défendra ses propres souhaits et intérêts en cas de perte de capacité de discernement.

IV.  Conclusion

On ne saurait que trop recommander à toutes personnes disposant d’un patrimoine conséquent de mettre en place un mandat pour cause d’inaptitude afin de permettre à leur banquier et/ou gérant de fortune de pouvoir continuer leur gestion de patrimoine sans devoir se limiter dans le cadre des règles énoncées ci-dessus et sans devoir chercher l’accord de l’APEA pour continuer leurs actes de gestion dans l’intérêt des protégés.


Partager l’article



les plus lus


Highlights

MLL Legal

MLL Legal est l’une des principales études d’avocats en Suisse, avec des bureaux à Zurich, Genève, Zoug, Lausanne, Londres et Madrid. Nous conseillons nos clients dans tous les domaines du droit des affaires. Nous nous distinguons en particulier par notre expertise sectorielle de premier ordre dans les domaines spécialisés techniques et innovants, mais aussi dans les industries réglementées.

MLL Legal

Newsletter

MLL Real Estate Legal Update 01/24. Notre dernière MLL Legal Update Real Estate est désormais en ligne. Vous y trouverez plusieurs articles rédigés par nos spécialistes en droit immobilier, couvrant diverses thématiques d’actualité. Nous vous en souhaitons une bonne lecture.

Accéder à la Newsletter 01/24

S’inscrire

Notre histoire

MLL Legal est une étude d’avocats suisse de premier plan dont l’histoire remonte à 1885. L’étude s’est développée à la fois de manière organique et par le biais de fusions stratégiques, dont la dernière a eu lieu le 1er juillet 2021 entre Meyerlustenberger Lachenal et FRORIEP.

Cette fusion fait de MLL Legal, une nouvelle entité combinée, l’un des plus grands cabinets d’avocats d’affaire de Suisse, avec 150 avocats répartis dans quatres bureaux en Suisse et deux bureaux à l’étranger, à Londres et à Madrid, au service de clients recherchant des conseils en droit suisse.

Notre étude a un profil international fort et réunit un leadership et une expertise reconnus dans tous les domaines du droit qui touchent le monde des affaires aujourd’hui, avec un accent sur les secteurs de la haute technologie, l’innovation et la réglementation.

A propos de nous
 

Publications

Cliquez ici pour accéder à nos dernières publications.

COVID-19

Lisez toutes nos mises à jour juridiques sur l’impact de COVID-19 pour les entreprises.

COVID-19 Information

Postes vacants

Vous cherchez un nouveau défi ?

Nos équipes talentueuses et ambitieuses sont motivées par une vision commune pour réussir. Nous apprécions la communication ouverte et directe à tous les niveaux de l’organisation dans un environnement de travail favorable.

Postes vacants

Nouvelles de l’étude

Cliquez ici pour les dernières nouvelles de l’étude.

Notre équipe

L’environnement réglementaire et technologique exige continuellement des entreprises qu’elles s’adaptent et évoluent.
MLLL compte plus de 150 avocats, qui innovent en permanence et cherchent constamment à améliorer leur pratique. Nous adoptons de nouvelles idées et technologies, en associant notre riche expertise à une pensée créative et réactive. Grâce à notre approche pratique, nous mettons en œuvre des solutions viables pour répondre aux défis juridiques les plus complexes.

A propos de nous notre équipe.

Droit de l’immobilier et de la construction

Découvrez nos articles au sujet du droit de l’immobilier et de la construction.
Droit de la construction

MLL Legal sur les médias sociaux

Suivez-nous sur LinkedIn.